Un poème pour Noël, par Théophile Gautier, 1852
En ces temps de fêtes où l'on pense plus à gaspiller son argent et à se goinfrer de nourriture hypercalorique, en ces temps donc d'hyperconsommation frénétique, un peu de poésie pour se souvenir que Noël ne se réduit pas à ce personnage inventé par coca-cola; voici donc un poème de Théophile Gautier, ami de Baudemaire et partisan de l'Art pour l'Art (la poésie n'est au service d'aucune cause, sinon d'elle-même et de la beauté), tiré de son recueil Emaux et Camées... ce n'est pas un chef d'oeuvre, loin s'en faut; c'est même très naïf (effet voulu ? parodie ? je n'ai pas creusé la question), voire mièvre et niais : car enfin quel vers que ce "l'âne et le boeuf soufflent dessus" !! il n'empêche que ce vers reste gravé dans ma mémoire, pour le pire et pour le rire, dirons-nous !
NOEL
Le ciel est noir, la terre est blanche;
- Cloches, carillonnez gaîment!
Jésus est né; - la Vierge penche
Sur lui son visage charmant.
Pas de courtines festonnées
Pour préserver l'enfant du froid;
Rien que les toiles d'araignées
Qui pendent des poutres du toit.
Il tremble sur la paille fraîche,
Ce cher petit enfant Jésus,
Et pour l'échauffer dans sa crèche
L'âne et le boeuf soufflent dessus.
La neige au chaume coud ses franges,
Mais sur le toit s'ouvre le ciel
Et, tout en blanc, le choeur des anges
Chante aux bergers : « Noël! Noël! »
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