des chansons !

Publié le par premierelmousseron@hotmail.fr

Voici quelques chansons extraites des Châtiments de V. Hugo; vous noterez l'extrême diverstité de leur forme (et notamment du refrain) et de leur registre; bonne lecture ! (vous joindrez ainsi l'utile à l'agréable en lisant ces poèmes lors de votre révision de la "chanson" au programme de l'oral)

L'art et le peuple (I, 9, composée pour l'inauguration d'une série de concerts populaires et mise en musique par Pierre Dupont)

L'art, c'est la gloire et la joie ;
Dans la tempête il flamboie,
Il éclaire le ciel bleu.
L'art, splendeur universelle,
Au front du peuple étincelle

Comme l'astre au front de Dieu.


L'art est un chant magnifique
Qui plaît au cœur pacifique,
Que la cité dit aux bois,
Que l'homme dit à la femme,
Que toutes les voix de l'âme
Chantent en chœur à la fois !


L'art, c'est la pensée humaine
Qui va brisant toute chaîne !
L'art, c'est le doux conquérant !
A lui le Rhin et le Tibre !
Peuple esclave, il te fait libre ;
Peuple libre, il te fait grand !


II


Ô bonne France invincible,
Chante ta chanson paisible!
Chante, et regarde le ciel !
Ta voix joyeuse et profonde
Est l'espérance du monde,
Ô grand peuple fraternel !


Bon peuple, chante à l'aurore !
Quand vient le soir, chante encore
Le travail fait la gaîté.
Ris du vieux siècle qui passe !
Chante l'amour à voix basse
Et tout haut la liberté !


Chante la sainte Italie,
La Pologne ensevelie,
Naples qu'un sang pur rougit,
La Hongrie agonisante...
Ô tyrans ! le peuple chante
Comme le lion rugit !

Chanson (I, 10 à chaque refrain, la qualité du pain se dégrade, métaphore des valeurs morales qu'exige et que défend le poète)

Courtisans ! attablés dans la splendide orgie,
La bouche par le rire et la soif élargie,
Vous célébrez César très-bon, très-grand, très-pur ;
Vous buvez, apostats à tout ce qu'on révère,
Le chypre à pleine coupe et la honte à plein verre...

            Mangez, moi je préfère,

            Vérité, ton pain dur.


Boursier qui tonds le peuple, usurier qui le triches,
Gais soupeurs de Chevet, ventrus, coquins et riches,
Amis de Fould le juif et de Maupas le Grec,
Laissez le pauvre en pleurs sous la porte cochère ;
Engraissez-vous, vivez, et faites bonne chère...
            Mangez, moi je préfère,
            Probité, ton pain sec.

L'opprobre est une lèpre et le crime une dartre.
Soldats qui revenez du boulevard Montmartre,
Le vin, au sang mêlé, jaillit sur vos habits ;
Chantez ! la table emplit l'école militaire,
Le festin fume, on trinque, on boit, on roule à terre...
            Mangez, moi je préfère,
            Ô gloire, ton pain bis.

Ô peuple des faubourgs, je vous ai vu sublime,
Aujourd'hui vous avez, serf grisé par le crime,
Plus d'argent dans la poche, au cœur moins de fierté.
On va, chaîne au cou, rire et boire à la barrière,
Et vive l'empereur ! et vive le salaire ! ...
            Mangez, moi je préfère,
            Ton pain noir, liberté !

Le sacre (V, 1 Hugo énumère toute une série de malfrats : sacrer Napoléon III c'est comme sacrer tous les bandits de la terre ; le poète accompagne son poème d'une mélodie populaire)


- SUR L'AIR DE MALBROUCK


Dans l'affreux cimetière,
Paris tremble, ô douleur, ô misère !
Dans l'affreux cimetière
Frémit le nénuphar.


Castaing lève sa pierre,
Paris tremble, ô douleur, ô misère !
Castaing lève sa pierre.
Dans l'herbe de Clamar,


Et crie et vocifère,
Paris tremble, ô douleur, ô misère !
Et crie et vocifère :
- Je veux être César !


Cartouche en son suaire,
Paris tremble, ô douleur, ô misère !
Cartouche en son sourire
S'écrie ensanglanté :


- Je veux aller sur terre,
Paris tremble, ô douleur, ô misère !
Je veux aller sur terre,
Pour être majesté !


Mingrat monte à sa chaire.
Paris tremble, ô douleur, ô misère !
Mingrat monte à sa chaire
Et dit, sonnant le glas :


- Je veux, dans l'ombre où j'erre,
Paris tremble, ô douleur, ô misère !
Je veux, dans l'ombre où j'erre
Avec mon coutelas,


Etre appelé : mon frère,
Paris tremble, ô douleur, ô misère !
Etre appelé : mon frère,
Par le tzar Nicolas !


Poulmann dans l'ossuaire,
Paris tremble, ô douleur, ô misère !
Poulmann dans l'ossuaire
S'éveillant en fureur,


Dit à Mandrin : - compère,
Paris tremble, ô douleur, ô misère !
Dit à Mandrin : - compère,
Je veux être empereur !


- Je veux, dit Lacenaire,
Paris tremble, ô douleur, ô misère !
Je veux, dit Lacenaire,
Etre empereur et roi !


Et Soufflard déblatère,
Paris tremble, ô douleur, ô misère
Et Soufflard déblatère.
Hurlant comme un beffroi :


- Au lieu de cette bière,
Paris tremble, ô douleur, ô misère
Au lieu de cette bière.
Je veux le Louvre, moi !


Ainsi, dans leur poussière,
Paris tremble, ô douleur, ô misère !
Ainsi, dans leur poussière,
Parlent les chenapans.


- Ça, dit Robert Macaire,
Paris tremble, ô douleur, ô misère !
- Ça, dit Robert Macaire,
Pourquoi ces cris de paons ?


Pourquoi cette colère ?
Paris tremble, ô douleur, ô misère !
Pourquoi cette colère ?
Ne sommes-nous pas rois ?


Regardez, le saint-père,
Paris tremble, ô douleur, ô misère !
Regardez, le saint-père,
Portant sa grande croix,


Nous sacre tous ensemble,
O misère, ô douleur, Paris tremble !
Nous sacre tous ensemble
Dans Napoléon-trois !


Chanson (V, 2 chanson qui s'apparente aussi à la fable... Mastaï est le nom du pape très conservateur Grégoire XVI, que la satire hugolienne enrobe avec Napoléon III)


Un jour Dieu sur sa table
Jouait avec le diable
Du genre humain haï ;
Chacun tenait sa carte ;
L'un jouait Bonaparte
Et l'autre Mastaï.


Un pauvre abbé bien mince !
Un méchant petit prince,
Polisson hasardeux !
Quel enjeu pitoyable !
Dieu fit tant que le diable
Les gagna tous les deux.


- Prends ! cria Dieu le père,
Tu ne sauras qu'en faire !
Le diable dit : - erreur !
Et, ricanant sous cape,
Il fit de l'un un pape,
De l'autre un empereur


Le chant de ceux qui s'en vont en mer


( Air breton)
 
 Adieu, patrie !
L'onde est en furie.
 Adieu, patrie !
   Azur !
 

Adieu, maison, treille au fruit mûr,
Adieu, les fleurs d'or du vieux mur !

 
 Adieu, patrie !
Ciel, forêt, prairie !
 Adieu, patrie,
    Azur !
 

 Adieu, patrie !
L'onde est en furie.
 Adieu, patrie,
   Azur !

 
Adieu, fiancée au front pur,
Le ciel est noir, le vent est dur.
 
 Adieu, patrie !
Lise, Anna, Marie !
 Adieu, patrie,
    Azur !
 
 Adieu, patrie !
L'onde est en furie.
 Adieu, patrie,
   Azur !
 

Notre oeil, que voile un deuil futur,
Va du flot sombre au sort obscur !

 
 Adieu, patrie !
Pour toi mon coeur prie.
 Adieu, patrie,
    Azur !
 

Jersey. 31 juillet 1853.
 




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